Qui est le pionnier de la Responsabilité Sociétale des Entreprises?

En matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), quelques pionniers ont su se positionner comme figures d’exemple. Et c’est justement ce qu’a voulu récompenser Time4society, lors de sa quatrième édition du CSR Professional of the Year.

Parmi ces acteurs inspirants qui ont su faire des enjeux de société contemporains le cœur de leur préoccupation, c’est Mohamed Ibrir qui a cette année reçu la distinction du CSR Pioneer of the Year.

Responsable pour Abattoir de la politique de gestion des déchets sur ses marchés à Anderlecht, Mohamed Ibrir a réussi à mettre en place une dynamique écoresponsable vertueuse, par une multiplication d’initiatives et un long travail de sensibilisation. Si on lui doit la suppression des sacs plastiques sur l’ensemble du site, il est également présent sur de nombreux fronts permettant de positionner Abattoir comme un exemple en termes de management environnemental et humain.

Il a accepté de s’entretenir avec nous sur sa volonté de faire d’Abattoir la tête de file d’un grand mouvement de transformations des pratiques, dans son secteur et au-delà.

Quand est-ce que ce que la question de la réduction de l’impact environnemental du site d’Abattoir s’est posé pour vous ?

Le travail a réellement commencé en 2008. L’année précédente, nous en étions arrivés à un constat grave : le marché prenait de l’importance, les commerçants se bousculaient pour être présents sur le site. Mais qui dit marché dit déchets. De notre côté, nous n’avions pas l’habitude de gérer ce genre de problèmes, tandis que les relations se tendaient avec la communauté de riverains.

Face à ce constat alarmant, mon poste a été créé en 2008, après avoir fait savoir à ma direction que je voulais aller plus loin pour apporter des solutions à cette problématique des déchets. Ce poste n’existait pas, et il a fallu partir de zéro. Nous sommes vite passés de la réflexion à la mise en place de solutions.

Comment avez-vous réussi à transformer les pratiques des commerçants ? Cela n’a-t-il pas posé de problème pour l’attractivité de votre site ?

En s’inspirant de tout ce qui pouvait se faire parmi les autres marchés et les braderies, nous avons décidé de mettre en place une charte de propreté à destination des commerçants.

La deuxième action consistait en la mise en place d’un « point de tri », permettant de répondre au problème de l’abandon de marchandises sur le site. Ceci s’est révélé très utile pour répondre aux besoins des commerçants qui trouvaient une solution facilitant la gestion de leurs déchets.

Très vite, une amélioration s’est fait sentir sur la quantité de déchets sur le site. Mais ce qui a vraiment permis aux commerçants de s’impliquer dans la question, c’est la mise en place d’un bonus écologique propre au marché d’Abattoir. En gros, avec un système de points, nous avons permis aux bons élèves de réduire drastiquement leurs frais d’emplacement, tout en appliquant aux mauvais élèves des frais d’enlèvement supplémentaires. Dans de très rares cas nous avons dû décider de nous séparer de commerçants qui n’ont pas voulu jouer le jeu. Mais la majorité des commerçants ont montré un réel enthousiasme à modifier leurs habitudes.

Les effets n’ont pas tardé à se faire ressentir, et nous avons même reçu des remerciements de la part du voisinage. On peut dire que nous avons instauré un climat de confiance, même si nous ne devons pas relâcher nos efforts !

Vous pensez que les acteurs locaux ont un rôle central à jouer dans la transformation des pratiques ?

Il faut savoir être conscient de ses propres responsabilités, et ne plus attendre les décisions au niveau régional, national ou européen pour agir à son niveau. De grands principes attendent d’être concrétisés, et ils le seront par le bas. La suppression complète des sacs plastiques dans nos marchés, c’est une décision que nous avons prise au niveau de la commune d’Anderlecht et de Saint-Gilles. La décision régionale est venue juste après. Preuve que le local peut être un précurseur ! On pense même, humblement, avoir accéléré le processus de décision du cabinet de Céline Fremault.

Il reste encore quelques habitudes à changer. Nous n’arrivons pas à atteindre un taux de 100% de sacs réutilisables sur nos marchés. Mais nous y sommes presque !

Quelles solutions reste-t-il a mettre en place à l’avenir ?

Les champs d’actions ne manquent pas. Nous travaillons en ce moment sur le problème du suremballage, ou sur l’opportunité des véhicules électriques. La question de l’économie circulaire nous préoccupe également beaucoup. Nous soutenons le projet Collectmet porté par l’asbl Cultureghem, permettant de réduire le gaspillage alimentaire. C’est une solution permettant une meilleure gestion des invendus. Une équipe de bénévoles récupère les invendus alimentaires sur les marchés et les redistribue notamment par le biais d’associations. C’est pour l’instant 4 tonnes d’invendus qui sont ainsi redistribués chaque dimanche.

On va essayer d’aller dans le sens d’une professionnalisation et d’une normalisation de ces pratiques. On va notamment défendre le projet d’un bénéfice fiscal pour les commerçants qui apportent leur pierre à l’édifice. Ce projet pourrait également avoir de bonnes répercussions en termes d’emploi, tout en ayant une dimension humaine considérable. C’est aussi la pérennité du marché qui est en jeu, qui, en tant qu’institution populaire, doit se positionner au cœur des problématiques de notre temps.

Cet article vous est proposé par Mehdi Ferron.

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